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Une ombre au tableau

Posté le 12/03/10Par admin 

un film de Amaury Brumauld

Un cinéaste peut-il faire un film sur sa mère ? Parler cinématographiquement d’elle lorsque, au soir de sa vie, elle est frappée d’une maladie qui lui fait perdre la mémoire ? Et lorsque ce cinéaste est aussi un plasticien, artiste des technologies numériques, comment peut-il filmer cette mère qui a été dans sa vie, et qui est encore malgré la maladie, une artiste peintre, travaillant elle, plus traditionnellement, avec des couleurs et des pinceaux ?

Le film d’Amaury Brumauld relève ces deux défis. Le résultat est admirable. Par sa beauté plastique. Par l’intensité dramatique avec laquelle est mis en images le rapport mère-fils. Par la retenue émotionnelle avec laquelle la maladie et la vieillesse sont évoquées. Ce film est-il un documentaire ? Pas vraiment. Et pourtant… A l’évidence ce n’est pas une fiction au sens habituel du terme. Les personnages ne sont pas inventés de toute pièce. Le cinéaste se met lui-même en scène et c’est sa vraie mère qu’il filme. Alors, un récit autobiographique ? Pas exactement non plus. L’auteur ne raconte pas sa vie ni celle de sa mère. Le film déjoue en fait toute tentative de classification. Il s’affirme simplement comme une œuvre cinématographique. Simplement ? Une simplicité qui en fait toute la profondeur.
Jamais, au cinéma, le rapport mère-fils n’avait été montré avec autant de pudeur. Aucun pathos excessif. Aucune effusion de sentiments. Le film n’est pas un mélodrame, malgré la présence de la maladie. Il ne cherche aucun apitoiement. On peut même dire qu’il n’est pas un hommage à la maternité. Il ne dit rien de la vie passée. Il n’y est pas question de l’enfance ou de l’adolescence. Il n’y a dans le film aucun secret de famille à rechercher. Ce n’est pas son propos. Il est entièrement inscrit dans le présent, ce vécu particulier d’une mère qui perd la mémoire et d’un fils qui est là, à côté d’elle, pour ne pas la laisser sombrer définitivement dans la nuit de l’oubli.

L’art peut-il lutter contre la maladie ? Le film ne s’inscrit pas dans cette problématique quelque peu simpliste. Mais il aborde directement les rapports d’un artiste avec la maladie, voire la mort. La mort d’autrui ? Pris dans la progression inexorable de la maladie, cet autre n’est pas un étranger anonyme. Mais alors, qu’est-ce qui compte le plus dans le projet du film ? Que l’auteur soit un artiste, ou qu’il soit le fils de la personne filmée. Cette question, en fait, ne peut pas avoir de réponse. Car la relation mère-fils est en même temps une relation entre artistes. Permettre à sa mère de poursuivre son travail de peintre, tel est le projet du cinéaste et donc du film. D’où la multiplication des scènes où elle peint, à graphique. Scènes calmes, douces, silencieuses comme une suspension de la mémoire.
Une voiture, une route, filmées de multiples façons, dessinées, peintes, effacées et reprises…avec insistance, minutie. Toutes ces images si différentes montrent le processus de création et nous interrogent sur la nature de l’art. Quelle est leur signification pour celui qui crée ? Quelle place peuvent-elles occuper dans la vie de l’artiste ? Le spectateur, au-delà du plaisir esthétique, ne peut éviter de s’interroger sur le rapport de la vie et de la mort, de l’enfant par rapport à ses parents.

Jean Pierre Carrier

Ce film a obtenu le Grand Prix du 5° festival du film d’éducation d’Evreux.
Merci au jury d’avoir fait le choix de l’originalité et de la création.