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Quel grand service public d’éducation nationale pour demain ?

Posté le 12/03/10Par admin 

Après l’appel de Bobigny 1
Cet appel lancé cet automne, émanant du Réseau Français des Villes Educatrices (organisation ayant pour objectifs communs la réalisation de projets et d’activités destinés à améliorer la qualité de la vie des habitants) et relayé par les CEMÉA 2,
1http://www.villeseducatrices.fr/page.php?page_id=20#ancre1
2http://www.cemea.asso.fr/spip.php?article7119

… s’interrogeant sur :

«Quelle place et quels moyens veut-on donner à l’éducation dans notre pays et en Europe ? Quel citoyen veut-on préparer ? Quelle capacité à vivre ensemble dans une société solidaire et plus juste voulons-nous forger ? Quelles connaissances, quels savoirs, quelles compétences et quelles qualifications seront indispensables aux jeunes pour cela ? Quelle place auront-ils dans la construction de leur propre avenir ?
Parents, jeunes, enseignants, universitaires, associations complémentaires de l’enseignement public et d’éducation populaire, professionnels des collectivités locales, élus locaux, professionnels de la petite enfance et responsables syndicaux, nous appelons à la mobilisation de tous autour de l’éducation et de la formation, dès la petite enfance et tout au long de la vie.»

… posant des exigences :

« Nous voulons ainsi préparer l’avenir et contribuer à construire sur le plan national une perspective éducative globale qui fait défaut aujourd’hui. Nous lançons cet appel à la Nation et à ses responsables politiques pour un grand débat national et des engagements solennels avant les échéances nationales qui détermineront l’avenir.
Nous soumettons au débat cet ensemble de propositions transversales sur les enjeux majeurs, comme première contribution au projet national pour l’enfance et la jeunesse et à l’élaboration de la loi d’orientation et de programmation pluriannuelle indispensable à sa mise en œuvre…»

… et définissant 5 objectifs prioritaires :

«•    Garantir, dans le respect de la laïcité, le Droit à l’éducation pour chacun et pour tous et donc l’équité dans l’accès à l’éducation et la formation ; refuser toute discrimination, en dépassant le droit formel à l’égalité des chances.
Définir un projet éducatif global ambitieux pour l’enfance et la jeunesse sur tous les temps et les espaces éducatifs et sociaux articulant éducations formelle, informelle et non formelle, dans un processus de formation tout au long de la vie s’appuyant sur une formation initiale solide.
•    Promouvoir la coéducation, la coopération éducative de tous les acteurs, garantir la place et les droits des parents, des enfants et des jeunes.
•    Mobiliser avec ce projet éducatif global toutes les ressources éducatives des territoires et de l’école, à travers l’articulation des objectifs nationaux avec les projets éducatifs des établissements d’enseignement et des institutions culturelles publiques, et ceux des territoires.
•    Garantir à tous les jeunes, à l’issue de la scolarité au collège, la maîtrise évaluée des éléments (connaissances, compétences, savoir-être et savoir-faire) indispensables à l’accès et à la réussite dans les enseignements diversifiés du lycée et à l’objectif de 0 sortie du système éducatif sans qualification reconnue, à l’accès à la citoyenneté.»

Quel réel avenir pour l’éducation, pour l’école ?

La période continue, d’année en année, d’être très inquiétante. Les suppressions de postes (16 000 pour la prochaine rentrée), les fortes réductions de formation continuent. La quasi destruction de la formation initiale, ne sont pas seulement des attaques quantitatives contre ce grand service public d’éducation nationale. Elles auront des effets catastrophiques au niveau qualitatif.

L’école d’aujourd’hui ne deviendrait plus qu’un simple face-à-face de jeunes et d’un adulte, sans ambition d’enseignement. Nous assistons à des attaques, convergentes et cohérentes, en règle contre ce qui fait le sens de l’éducation : l’enseignement de l’histoire, des sciences sociales, des langues comme cultures, sans oublier les coups déjà portés contre la philosophie. S’il ne s’agit que de répétition, des logiciels, des ordinateurs et Internet y suffiraient.

Les enseignants savent, que dans toute éducation, il n’est de savoir qu’à partir d’un sens. Or, dès leur plus jeune âge, les enfants ont toujours eu le sentiment d’avoir des réponses (représentations), et ressentent avant tout le besoin qu’on leur en donne. A l’adolescence, cette manifestation se caractérise tout particulièrement en opposition à d’autres réponses, celles des parents notamment. Cela les aide à construire leur propre identité, si fondamental lors de cette période.

Pour se diriger vers des activités épanouissantes – problématique fondamentale de la raison d’être de l’école, il faut que l’élève entre en contradiction avec lui-même. Il se sentait plein de réponses (représentations), et soudain tout est remis en question, ces évidences se révèlent incohérentes ou impossibles. Un vide se crée qui appelle à être rempli engendrant ainsi un besoin de remplir ce vide.

Il y avait des réponses, il y a désormais des questions, des désirs de nouvelles réponses, l’attente d’un plaisir de les découvrir, ce qu’un site Internet ne saura jamais produire. C’est là que se situe la nécessité, l’utilité de l’adulte, en l’occurrence l’enseignant. Sans cette démarche, nous n’avons plus affaire qu’à de la mémorisation passive, à de l’ennui et, s’il n’y a pas davantage d’espérance sociale, à un profond rejet de l’école.
Moins le milieu familial rend familiers les savoirs découverts à l’école, plus il est nécessaire de créer les conditions d’une telle appropriation dans l’école. Si cette école n’assure pas la réussite sociale et qu’elle demande des efforts non accompagnés de plaisir, alors à quoi bon ? C’est un enjeu essentiel du combat contre les inégalités scolaires, parce que cela entre de façon essentielle dans la formation de l’activité intellectuelle, de l’initiative, de l’autonomie, de notre motivation à militer dans notre association.  

Aux Ceméa, nous savons et nous disons, dans les lieux ad’hoc, que pour former des êtres humains capables d’autonomie de jugement, d’initiative citoyenne, de plaisirs de savoir, porteurs d’invention et de lien social, il faut des rapports humains, du dialogue, de l’incitation, de l’invitation à travailler ce sens, et donc des enseignants, véritables formateurs parce que capables d’écouter et de provoquer des étonnements.

Evidemment, tout cela ne viendra pas d’on ne sait où. Il faut des effectifs compatibles avec cette ambition, des enseignants formés au plus haut niveau à leur discipline, mais aussi formés à former les élèves (apprendre à apprendre). Sans cette conscience de ce qu’éduquer veut dire, il est difficile de comprendre pourquoi nous avons besoin d’enseignants : leur finalité est de réussir ce qu’aucun logiciel, aucun manuel de prêt-à-penser ne peuvent obtenir. Il s’agit bien là d’enseignants, et non pas d’une simple présence humaine face à des élèves.

Il est quasi impossible de construire un véritable besoin de savoir sans cette formation initiale volontariste. C’est seulement en plaçant la réflexion sur le système éducatif à ce niveau fondamental qu’il pourra un jour être une véritable force politique. C’est à ce niveau seulement que peuvent se rencontrer le vécu des élèves, le souci des parents et l’engagement des enseignants.

Sans cette rencontre à construire, il sera de plus en plus difficile, de défendre ce grand service public d’éducation nationale contre les coups qui lui sont portés, notamment en créant les conditions de son élévation au niveau des besoins et aspirations de notre époque.

Jean-Paul VANDENWÈGHE