Rechercher

   
Contactez-nous
Vous pouvez nous contacter via notre formulaire de contact.
Cliquez ici

Ciné-psy : projection de 12 jours, un regard sur la psychiatrie qui fait débat

Posté le 12/03/10Par Redaction 

Lors du premier rendez-vous cinéphile « Cinépsy » aux Ceméa Npdc, mercredi 24 avril, les spectateurs ont partagé leur ressenti critique sur 12 jours, le documentaire de Raymond Depardon. L’occasion également de revenir sur la politique d’hospitalisation sous contrainte, en France.

 

12 jours, c’est le délai pendant lequel une personne hospitalisée contre son gré en établissement de santé mentale peut contester sa détention devant un juge. La loi sur l’hospitalisation sans consentement n’avait pas bougé de 1838 à 1990. Depuis 2013, les patients se présentent devant un juge des libertés et de la détention (JLD) qui veillera à la conformité de la procédure.

Promenant sa caméra dans les couloirs de l’hôpital du Vinatier à Lyon, le réalisateur Raymond Depardon rend compte des audiences entre juge et patient. Pour les participants à la projection, il s’agit surtout d’un regard sur la psychiatrie empreint de subjectivité, voire caricatural. « Il mélange les points de vue, comme si tout était comme ça en psychiatrie, regrette Gladys Mondière, responsable des formations Travail social santé mentale et psychiatrie aux Ceméa. En tout cas, ce n’est pas comme ça que je la vois ».

Dès l’ouverture, les spectateurs s’engouffrent dans le dédale de l’hôpital clos, bordé de grilles et de barbelés. Se succèdent des couloirs vides, sombres et interminables. Par moment, un patient errant sans but vient rompre le silence glaçant. « Les patients qui fument nerveusement, une femme qui crie, le vide : ça existe en psychiatrie. Mais ce n’est pas que ça », critique François Lequin, directeur des affaires financières d’accueil de l’Etablissement Public de Santé Mentale de l’Agglomération Lilloise.

« C’est une caricature des juges »

Des choix, une subjectivité donc, qui dérangent les spectateurs travaillant pour la plupart dans le secteur de la santé mentale. « C’est une caricature des juges. On a l’impression que quoi qu’il arrive ils ont déjà pris leur décision », déplore Céline Lesay, juge chargée du tribunal d’Instance d’Hazebrouck.

Dans une salle aseptisée, le juge des libertés et de la détention, face au patient, examine le dossier et prend note des doléances : du souhait ou non de la personne, hospitalisée sous contrainte, d’accepter les soins proposés. « Il s’agit d’un travail de vérification, non de substitution d’avis médical à un avis juridique. Mais le juge peut ordonner une nouvelle expertise médicale, si nécessaire ».

Les patients placés entre un avocat souvent consensuel et un infirmier assis en retrait, dont l’imposante corpulence muette incarne, en soi, la contrainte exercée par l’institution, peuvent également faire appel. « Cette loi est faite pour respecter les droits des patients, explique François Lequin. Théoriquement, les audiences sont ouvertes au public et la délibération se fait dans une salle à part. Ce qu’on ne voit pas dans le film ».

« Le thème sous-jacent est la dangerosité du patient »

Pendant 1h20 de film, les auditions se succèdent avec leurs récits souvent tragiques, parfois comiques : le patient schizophrène aux délires paranoïaques, la femme abusée au travail en sévère dépression ou encore le patient dont on apprend qu’il a tué son père dans un accès délirant et qui se repentit à demi-mot.

C’est d’ailleurs un autre regret des spectateurs : le nombre d’irresponsables pénaux dont l’audience est filmée. « Trois sur dix, ce n’est pas représentatif », affirme François Lequin. « Le thème sous-jacent est la dangerosité du patient, pour lui et pour autrui », rajoute Marion Bogard, juriste . Pas étonnant selon elle : « On observe aujourd’hui une dérive sécuritaire dans la médiatisation de la psychiatrie et les discours politiques (cf. Discours de Nicolas Sarkozy en 2010, à Antony), insistant sur le risque de dangerosité des malades ». Un constat qui rappelle que la gestion de la psychiatrie est une question éminemment politique.

Madeleine Le Page & Thibaut Copleux
Services Civiques Reporters de la vie associative